Crise céréalière : écoutez-nous ! Pour vraiment nous aider !

Les articles de presse sur le sujet sont consternants par leur réduction intellectuelle et économique : « la crise céréalière va faire perdre 3 ou 4 milliards d’euros à la balance commerciale française », « la France perd sa place de leader dans l’exportation des céréales sur les pays tiers au profit de l’Allemagne », « Seule consolation : ils (les céréaliers) ont des stocks confortables après une belle moisson 2015 », « A risque privé, couverture privée ». Cette communication – qui ne parle que de la France, oubliant le marché commun - vient hélas de nos coopératives, de la surprenante AGPB mais également d’officines de conseils aux agriculteurs qui se nourrissent de l’instabilité des marchés.

 

 

Des erreurs de stratégie commerciale

La vocation de l’agriculture n’est pas d’exporter mais de nourrir les hommes. L’UE, contrairement à ce que l’on laisse croire, est fortement déficitaire en grains, toutes cultures confondues. Le déficit en protéines végétales est largement supérieur à l’excédent en céréales. Alors que l’UE exporte sur les pays tiers 30 millions de tonnes de blé tendre sur les 150 produites - soit 20 % de la production - la France, à elle seule exporte, vers les pays tiers, 12 millions de tonnes de blé tendre pour une production de 36 millions de tonnes, soit le tiers de sa production. La stratégie commerciale de la France est mauvaise par rapport à celle de ses partenaires européens qui sont plus présents sur des marchés communautaires plus rémunérateurs, limitant ainsi les quantités qui ont comme dernier débouché l’exutoire mondial.

Depuis maintenant près de 25 ans, nous savons que c’est « la profession agricole française » dont les anciens responsables de la filière céréalière, qui a demandé la suppression de la préférence communautaire et l’alignement des prix intérieurs sur le cours mondial. C’est une folie car nous savions que c’était la France qui avait le plus à perdre au niveau européen et c’est exactement ce qui s’est passé ! Avec des responsables agricoles français à l’origine de ce que nous pouvions qualifier de trahison. Aujourd’hui, les journalistes qui ne peuvent connaitre cette réalité car les successeurs de ces erreurs font de la négation pour camoufler ce qu’on fait leurs pères, ont tendance à jeter le bébé avec l’eau du bain avec une certaine agressivité contre les paysans, comme s’ils étaient tous responsables de cette situation absurde.

Un gâchis économique et financier

Depuis 1993, les aides directes ont remplacé les aides à l’exportation mais l’objectif reste le même : baisser artificiellement le prix du blé sur le marché européen pour pouvoir en exporter sur les pays tiers. On aide toute la production pour en exporter un cinquième ! Sur 5 hectares de blé européen, la production d’un hectare est exportée. Ces 5 hectares reçoivent au total environ 1000 euros de DPU pour exporter à peine 6 tonnes de blé, soit 166 € d’aides par tonne exportée, c’est-à-dire l’équivalent du prix de vente. La dépense en argent public est identique à la rentrée de devises !

N’oublions pas non plus que pour arriver à cette mécanique d’exportation de 30 millions de tonnes de blé, il faut importer 15 millions de tonnes de maïs, une céréale prenant la place de l’autre… Ce maïs provient majoritairement d’Ukraine depuis quelques années.

L’exportation de blé est un leurre pour flatter les paysans et leur payer moins cher leurs récoltes. Les cultivateurs ont tous appris dans leur jeune âge la fable du corbeau et du renard et pourtant certains sont encore fiers de lâcher leur fromage !

Enfin, le prix du blé étant la valeur étalon de toutes les productions agricoles, cette politique exportatrice avec des prix bas est à l’origine de problèmes de revenu agricole dans de nombreuses autres productions, particulièrement dans l’élevage bovin. Fallait-il en arriver là : déstructurer toute notre agriculture sans rien gagner ?



Un drame social

Cette année, nous avons le cours mondial et seulement une demie récolte. Le produit de ces deux données ne permet pas de payer nos charges et encore moins de dégager un revenu.
La crise céréalière, c’est plus qu’une affaire de manque à gagner pour des « traders », c’est surtout un drame social. Après deux ans de très faibles revenus pour les cultivateurs, c’est un gros déficit cette année. Parmi les producteurs de grains, il y a de nombreux éleveurs car la polyculture existe encore beaucoup ; ils étaient déjà sinistrés et comblaient le trou des productions animales avec le blé… les bonnes années !



Attention aux solutions démago...

Ce n’est surtout pas un système assurantiel - couteux pour les paysans et lucratif pour les compagnies - qui va mettre définitivement à l’abri d’un faible revenu les producteurs. Ce qui marche mal aux Etats-Unis ne fonctionnerait pas du tout en Europe. Arrêtons de copier les américains avec 10 ans de retard quand ils ont déjà tourné la page ! Une partie des aides directes des agriculteurs a déjà été détournée au profit des assureurs. Il est curieux de constater que ceux qui se sont opposés au transfert des aides entre productions végétales et production animales n’aient rien dit quand des aides ont été redistribuées aux compagnies et ont donc échappé aux agriculteurs ? De nombreux syndicalistes agricoles sont également administrateurs de compagnies d’assurance : faiblesse humaine et conflit d’intérêts sont à l’origine de ces erreurs…

De plus, nous dénonçons une approche franco française de nombreux maillons de la filière alors que la PAC et les accords commerciaux dépendent de Bruxelles.

Refusons l’idée selon laquelle la production céréalière française ne serait pas compétitive et qu’il faudrait profiter de cette crise pour restructurer car notre image de super gros céréalier serait encore plus dégradée. Même avec 600 ou 700 ha de moyenne comme aux Etats-Unis, nous ne serions jamais compétitifs par rapport aux charges de l’Ukraine ou de l’Argentine.



Risque prive ou faute publique ?

Au titre « A risque privé, couverture privée » de l’éditorialiste des Echos qui n’a pas compris le fond du problème, nous répondons : « A faute publique, couverture publique ». L’Etat français et la Commission européenne sont coupables de s’être laissé influencer par des lobbies qui ont utilisé des responsables agricoles comme des marionnettes pour les entrainer vers une politique couteuse et dangereuse sans avoir pris la peine de vérifier ces thèses ultralibérales sur les plans scientifique et économique.
Sortons de cette course suicidaire au moins disant et au toujours plus d’hectares. L’Union européenne plutôt que de financer très cher une PAC mondialisée, en plein échec et dont les objectifs deviennent inatteignables doit revoir sa politique agricole afin de protéger ses agriculteurs et son approvisionnement.



De l'oxygène mais surtout une PAC rénovée

Pour sauver l’agriculture, uniquement en France, il faut que l’Etat débloque immédiatement 15 milliards d’euros : 8 milliards pour l’élevage, 2 milliards pour les productions spécialisées (arboriculture, maraichage, viticulture) et 5 milliards pour les grandes cultures, ce qui revient à 500 euros par hectares. Si cet effort doit être réalisé de manière impérative et exceptionnelle, il est facile de comprendre qu’il faut rénover la PAC pour ne plus en arriver là, dans une situation aussi catastrophique, toutes les 3 ou 4 ans. A l’OPG ou à la CR, nous n’avons pas l’habitude de réclamer des aides publiques, revendiquant depuis notre origine que les agriculteurs puissent vivre dignement du fruit de leur travail en vendant leurs productions à des prix rémunérateurs.

Que la France, encore première puissance agricole de l’Union européenne, commence par reprendre l’initiative à Bruxelles pour imposer une sortie de l’agriculture des accords commerciaux afin que chaque ensemble économique puisse gérer sa politique agricole en fonction de l’intérêt commun.


Nicolas JAQUET
Président de l’OPG

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