Entre accord de libre-échange et droits à l’importation inefficaces, l’Ukraine nous prend nos marchés !

Suite à l’effondrement du prix des céréales, Nicolas Jaquet, Président de l’Organisation des Producteurs de Grains (OPG), nous livre ses analyses et propositions pour sortir d’une crise alarmante qui risque d’être très longue.

Ce ne sont plus les Américains qui déstabilisent notre marché européen ?

N. Jaquet : Non, depuis un an c’est l’Ukraine qui déverse ses excédents sur le marché commun européen. Les 15 Mt de maïs importées sur la précédente campagne (soit plus que la production française) sont entrées principalement en Espagne, aux Pays-Bas, en Allemagne et au Portugal, c’est-à-dire chez les clients habituels de la France. L’Ukraine nous prend nos marchés et a fait perdre 600 millions d’euros sur la récolte 2013 aux producteurs de grains français (300 millions pour les producteurs de blé et 300 millions pour les producteurs de maïs).


Vous représentez la Coordination Rurale au Conseil Spécialisé Céréales de FranceAgriMer. Que retenez-vous de la réunion du Conseil du 10 septembre dernier ?

N. Jaquet : L’Ukraine prévoit sur la nouvelle campagne d’exporter 19,5 Mt de maïs et 32 Mt de blé, principalement vers l’UE car les droits à l’importation sont trop faibles pour être efficaces.C’est une formidable opportunité pour ce pays. Son agriculture, en plein développement, est aujourd’hui plus compétitive que l’agriculture américaine et devient la bête noire des céréaliers français. Elle bénéficie de grandes structures foncières, de faibles coûts de production (semences fermières de maïs sur 50 % des surfaces, main d’œuvre à bas prix) et d’une monnaie fortement dévaluée qui dope ses exportations. Par contre, la logistique, le stockage et la transformation ne sont pas ses points forts. Mais peu lui importe puisque l’UE achète les trois-quarts de ses excédents !

 

Pourtant, le 19 septembre, l’UE a doublé ses droits de douane à l’importation de maïs ?

N. Jaquet : En juillet dernier, l’UE avait rétabli un droit de douane à 5,32 € par tonne. Ce dernier relèvement à 10,44 €/t reste ridicule par rapport aux prix du maïs ou de l’orge et, plus grave, ces droits sont beaucoup trop faibles pour avoir une quelconque efficacité par rapport à la déferlante ukrainienne.

Et en même temps, on vient de signer le 16 septembre un accord de libre-échange entre l’UE et l’Ukraine ?

N. Jaquet : C’est provocateur que de signer un accord de libre-échange avec ce pays dans la conjoncture actuelle. Cet accord ouvre un contingent d’importation pour 1,6 Mt de céréales sans aucun droit de douane, dont 900 000 t de maïs. C’est exactement l’inverse de ce qu’il aurait fallu faire !


Pourquoi la filière céréalière française ne réagit-elle pas ?

N. Jaquet : N’oublions pas que ce sont les exportateurs qui commandent les collecteurs et les associations de producteurs.  La filière française des céréales avait fait le pari suivant : grâce aux importations de maïs ukrainien et par jeu de substitution, elle espérait réexporter vers les pays africains des quantités supplémentaires de blé panifiable. Hélas, la pluie du mois de juillet dernier est venue gâcher la qualité française avec du blé qui ne sera pas exportable. Ce pari est raté et ce sont les céréaliers qui vont payer ce double engorgement du marché de l’alimentation animale. On s’achemine vers un stock de report de 10 Mt de céréales françaises, soit 15 % de la production !


L’Ukraine peut-elle continuer sa conquête du marché européen sur les prochaines campagnes ?

N. Jaquet : Ce phénomène est appelé à devenir récurrent et à s’amplifier chaque année. Si l’UE continue d’acheter des céréales ukrainiennes, il va falloir remettre 15 % de nos terres en jachère pour rééquilibrer le marché ! L’UE doit choisir : soit elle produit les céréales dont elle a besoin dans un marché protégé et régulé, soit elle les importe d’Ukraine et démolit notre modèle agricole.

Que proposent la Coordination Rurale et l’Organisation des Producteurs de Grains ?

N. Jaquet : L’OPG alerte sur la situation financière des producteurs de grains et plus particulièrement sur celle des maïsiculteurs et dénonce l’attitude de la Commission européenne qui cherche toujours à faire baisser le prix des matières premières agricoles.


Nous demandons la restauration de la Préférence Communautaire et la mise en place de droits de douane dissuasifs.
Nous demandons également un relèvement du prix d’intervention et du prix de seuil des céréales, qui sont respectivement de 101 et 157 €/t, car ils n’ont pas été réactualisés depuis plus de 20 ans ! Si ces prix avaient été indexés sur l’inflation, le prix de seuil serait aujourd’hui de l’ordre de 215 €/t, ce qui serait même encore faible compte tenu de l’augmentation des coûts de production. On voudrait bien entendre Stéphane Le Foll sur ce sujet, car s’il ne fait rien, demain nos fermes céréalières devront faire 1000 hectares comme en Ukraine ! Je ne pense pas que ce soit en accord avec son concept d’agro-écologie.

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